|
|
Et quelle sera la religion de vos enfants ?
Par l'Abbé Régis de CACQUERAY Année 2004
Article Rivarol Hebdo |
Autorisation reproduction M.C Galic (Rivarol) pour Le Billet!
Après vingt-cinq ans de pontificat, le pape Jean-Paul II vient de poser le diagnostic tragique mais terriblement réaliste de la situation de la religion catholique en Europe. Il n’hésite pas à évoquer l’abandon massif de la foi par des populations entières et des nations qui furent jadis la force et la fierté de la chrétienté. Il s’agit, dit-il, d’une véritable “apostasie silencieuse”. Le pape traite exclusivement de l’Europe dans ce document il ne serait pas, hélas, difficile de démontrer que la régression du catholicisme n’épargne pas les autres continents. Si un tel aveu ne peut laisser aucun fils de l’Eglise indifférent, il oblige tout Français qui aime encore un peu la France et ne se désintéresse pas de son avenir, à se poser sérieusement la question suivante: “Si la religion catholique disparaît effectivement en France, quelle sera demain la religion de nos enfants?” ou pour être plus concret: “Assisterons-nous dans l’indifférence à la conquête du Ciel par les minarets tout neufs de mille mosquées facilement victorieuses de nos églises et de nos cathédrales humiliées?”
Dans l’histoire d’un peuple, c’est à la fois bien peu et beaucoup qu’une génération.
Qu’est-ce en effet qu’une génération par rapport à toutes celles qui se sont succédé sur le sol français depuis tant de siècles?
Mais, en même temps, ne suffit-il donc pas d’une ou deux générations un peu amollies pour dilapider l’héritage prestigieux légué par nos pères? La rupture finit de se consommer sous nos yeux: la France, fille aînée de l’Eglise, n’est plus une nation catholique. Les enfants qui naissent sur son sol sont des fils de l’islam ou pataugent dans un athéisme pratique où vivent leurs parents. Ceux qui, par un reste de tradition en voie de s’effacer, ont été baptisés, sont si peu catéchisés qu’ils ne persévèrent pas dans une religion insipide, incapable de susciter encore l’admiration et l’amour.
Certains peuvent hausser les épaules et murmurer: “C’est de la faute de l’Eglise ou du moins de ses prêtres. Pourquoi avoir eu honte de leurs soutanes, avoir ravalé la liturgie à d’indignes mises en scène et avoir vendu leurs écoles à l’Etat pour trente deniers?”. La part de vérité est trop grande dans cette remarque pour n’être pas reconnue. Mais doit-on, à cause d’un clergé déboussolé, rompre brutalement avec ses racines, celles d’une France façonnée par la religion catholique? C’est la question qu’un patriote doit accepter de se poser avant d’abandonner la foi de ses ancêtres pour quelque idéologie hasardeuse qu’il ne parviendra pas à transmettre à sa progéniture.
Il est bien vrai que la fin de la religion catholique en Europe ressemble à un suicide officiellement décidé au concile Vatican II (1962-1965).
C’est le suicide de l’utopie œcuméniste qui a eu honte d’affirmer l’Eglise catholique comme la seule vraie, donnée au monde par le Verbe venu s’incarner et hors de laquelle il est impossible d’être sauvé.
Cette proclamation a été remplacée par un discours maçonnique et relativiste, soucieux de plaire au monde, qui considère toutes les religions comme plus ou moins valables, permettant aux hommes d’accéder dès ici-bas à une grande fraternité universelle fondée sur le socle sacré de “la Déclaration des Droits de l’homme”. Les évêques du Concile espéraient sans doute obtenir les faveurs du monde, ils n’ont récolté que l’éloignement de leurs fidèles et les railleries des Etats, heureux d’en avoir fini avec cette puissance romaine qu’ils dominaient enfin. L’occasion du film de Mel Gibson aurait donné une possibilité inespérée aux évêques français de réveiller le sentiment catholique, mais leur mutisme nous laisse hélas penser que La Passion du Christ est trop catholique pour obtenir leur approbation.
Le pape Jean Paul II s’est nourri de la substance du concile. Il y a activement participé et s’est donné pour mission, au cours de son très long pontificat, d’être le principal propagandiste de cette nouvelle religion et de cet œcuménisme effréné.
L’histoire de son règne est tout orientée à poursuivre cette perspective calamiteuse. Dès sa première encyclique, il a voulu s’en faire l’apôtre et il n’a cessé, depuis lors, de multiplier les discours et les gestes spectaculaires pour promouvoir cette chimère. Nous l’avons vu, scandalisés, se déchausser pour entrer dans une mosquée, ancienne église chrétienne dérobée aux chrétiens par les musulmans. Il a reçu sur le front les cendres sacrées, ou “Vibkuti”, de la main d’une femme hindoue, il est allé réciter les psaumes avec les juifs dans la synagogue et même baiser le Coran… Nous avons été les témoins de cette journée d’Assise où il avait invité toutes les religions à prier pour la paix (mais pour quelle paix?) et où l’on a pu voir la statue du Bouddha juchée sur un tabernacle. Comment s’étonner alors que cet œcuménisme délirant conduise à l’“apostasie silencieuse”?
La Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X, héritière du combat de Mgr Lefebvre, a conscience que le meilleur service qu’elle puisse rendre aux autorités romaines consiste à leur démontrer que les égarements de l’œcuménisme se trouvent à l’origine de “l’apostasie silencieuse” avouée par Jean Paul II. Mgr Fellay, son supérieur général, a pour ce motif envoyé à tous les cardinaux une plaquette intitulée “De l’œcuménisme à l’apostasie silencieuse” dont RIVAROL s’est fait l’écho dans son numéro du 20 février 2004. Traduit en quatre langues, ce texte, qui a déjà été expédié à tous les évêques et prêtres de France, établit un lien irréfutable de cause à effet entre l’œcuménisme et “l’apostasie silencieuse”. La Fraternité Saint-Pie X, par le rappel de la doctrine de l’Eglise et la dénonciation des errements conciliaires, remplit un devoir d’autant plus nécessaire qu’elle est pour ainsi dire la dernière à parler encore contre ce mondialisme religieux.
Qu’ils aient encore la foi ou qu’ils s’en soient détournés dans la crise de l’Eglise, ou encore qu’ils ne l’aient jamais eue, tous les Français qui aiment toujours leur patrie doivent comprendre l’effort de la Fraternité Saint-Pie X. Le rôle ordonnateur, civilisateur de l’Eglise Catholique n’est pas à démontrer pour l’observateur impartial. La France a été grande lorsqu’elle était catholique et son éloignement de la foi coïncide avec sa descente rapide vers le dernier rang des nations. Comment ne pas citer ainsi ce mot si juste de L’avenir de l’intelligence: “Une intelligence sincère ne peut voir affaiblir le Catholicisme sans concevoir qu’elle est affaiblie avec lui, c’est le spirituel qui baisse dans le monde, lui qui règne sur les argentiers et les rois ; c’est la force brutale qui repart à la conquête de l’univers”?
L’oubli de cette pensée amènerait à rechercher vainement de nouvelles formules pour freiner la menace de l’islam ou les prétentions du laïcisme. Avec Saint Pie X, nous croyons au contraire qu’“on ne bâtira pas la Cité autrement que Dieu l’a bâtie ; on n’édifiera pas la société, si l’Eglise n’en jette les bases et ne dirige les travaux ; non, la civilisation n’est plus à inventer ni la cité nouvelle à bâtir dans les nuées. Elle a été, elle est ; c’est la civilisation chrétienne, c’est la cité catholique. Il ne s’agit que de l’instaurer ou de la restaurer sans cesse sur ses fondements naturels et divins contre les attaques toujours renaissantes de l’utopie malsaine, de la révolte et l’impiété: Omnia instaurare in Christo”. L’avenir de notre pays dépend de son humble retour aux principes qui firent si longtemps sa force comme l’a prophétisé le même saint pape:
“Un jour viendra, et nous espérons qu’il n’est pas très éloigné, où la France, comme Saul sur le chemin de Damas, sera enveloppée de lumière céleste et entendra une voix qui lui répètera: ‘‘Ma fille, pourquoi me persécutes-tu?” Et sur sa réponse: “Qui es-tu Seigneur?” la voix répliquera: “Je suis Jésus que tu persécutes (…) Lève-toi, lave-toi des souillures qui t’ont défigurée, réveille dans ton sein les sentiments assoupis et le pacte de notre alliance, et va, Fille aînée de l’Eglise, nation prédestinée, vase d’élection, va porter, comme par le passé, mon Nom devant tous les peuples et devant les rois de la terre”.
Que tous les Français qui se refusent à passer à la barbarie et ne sont pas atteints par la fatalité du croissant comprennent la nécessité de s’unir dans l’Espérance de la Croix.
Abbé Régis de CACQUERAY
† Supérieur du District de France
de la Fraternité Saint-Pie X
Rivarol | Le Billet!