Date de mise en ligne : 18/01/2008
Jean Raspail : LA PATRIE TRAHIE PAR LA RÉPUBLIQUE
J'ai tourné autour de ce thème comme un maître-chien mis en présence
d'un colis piégé. Difficile de l'aborder de front sans qu'il vous
explose à la figure. Il y a péril de mort civile. C'est pourtant
l'interrogation capitale. J'ai hésité. D'autant plus qu'en 1973, en
publiant Le Camp des saints, j'ai déjà à peu près tout dit là-dessus. Je
n'ai pas grand-chose à ajouter, sinon que je crois que les carottes sont
cuites.
Car je suis persuadé que notre destin de Français est scellé, parce qu'«
ils sont chez eux chez moi » (Mitterrand), au sein d'une « Europe dont
les racines sont autant musulmanes que chrétiennes » (Chirac), parce que
la situation est irréversible jusqu'au basculement définitif des années
2050 qui verra les « Français de souche » se compter seulement la moitié
la plus âgée de la population du pays, le reste étant composé
d'Africains, Maghrébins ou Noirs et d'Asiatiques de toutes provenances
issus du réservoir inépuisable du tiers monde, avec forte dominante de
l'islam, djihadistes et fondamentalistes compris, cette danse-là ne
faisant que commencer.
La France n'est pas seule concernée. Toute l'Europe marche à la mort.
Les avertissements ne manquent pas rapport de l'ONU (qui s'en réjouit),
travaux incontournables de Jean-Claude Chesnais et Jacques Dupâquier,
notamment , mais ils sont systématiquement occultés et l'Ined pousse à
la désinformation. Le silence quasi sépulcral des médias, des
gouvernements et des institutions communautaires sur le krach
démographique de l'Europe des Quinze est l'un des phénomènes les plus
sidérants de notre époque. Quand il y a une naissance dans ma famille ou
chez mes amis, je ne puis regarder ce bébé de chez nous sans songer à ce
qui se prépare pour lui dans l'incurie des « gouvernances » et qu'il lui
faudra affronter dans son âge d'homme...
Sans compter que les « Français de souche », matraqués par le tam-tam
lancinant des droits de l'homme, de « l'accueil à l'autre », du «
partage » cher à nos évêques, etc., encadrés par tout un arsenal
répressif de lois dites « antiracistes », conditionnés dès la petite
enfance au « métissage » culturel et comportemental, aux impératifs de
la « France plurielle » et à toutes les dérives de l'antique charité
chrétienne, n'auront plus d'autre ressource que de baisser les frais et
de se fondre sans moufter dans le nouveau moule « citoyen » du Français
de 2050. Ne désespérons tout de même pas. Assurément, il subsistera ce
qu'on appelle en ethnologie des isolats, de puissantes minorités,
peut-être une quinzaine de millions de Français et pas nécessairement
tous de race blanche qui parleront encore notre langue dans son
intégrité à peu près sauvée et s'obstineront à rester imprégnés de notre
culture et de notre histoire telles qu'elles nous ont été transmises de
génération en génération. Cela ne leur sera pas facile.
Face aux différentes « communautés » qu'on voit se former dès
aujourd'hui sur les ruines de l'intégration (ou plutôt sur son inversion
progressive : c'est nous qu'on intègre à « l'autre », à présent, et plus
le contraire) et qui en 2050 seront définitivement et sans doute
institutionnellement installées, il s'agira en quelque sorte je cherche
un terme approprié d'une communauté de la pérennité française. Celle-ci
s'appuiera sur ses familles, sa natalité, son endogamie de survie, ses
écoles, ses réseaux parallèles de solidarité, peut-être même ses zones
géographiques, ses portions de territoire, ses quartiers, voire ses
places de sûreté et, pourquoi pas, sa foi chrétienne, et catholique avec
un peu de chance si ce ciment-là tient encore.
Cela ne plaira pas. Le clash surviendra un moment ou l'autre. Quelque
chose comme l'élimination des koulaks par des moyens légaux appropriés.
Et ensuite ?
Ensuite la France ne sera plus peuplée, toutes origines confondues, que
par des bernard-l'ermite qui vivront dans des coquilles abandonnées par
les représentants d'une espèce à jamais disparue qui s'appelait l'espèce
française et n'annonçait en rien, par on ne sait quelle métamorphose
génétique, celle qui dans la seconde moitié de ce siècle se sera
affublée de ce nom. Ce processus est déjà amorcé.
Il existe une seconde hypothèse que je ne saurais formuler autrement
qu'en privé et qui nécessiterait auparavant que je consultasse mon
avocat, c'est que les derniers isolats résistent jusqu'à s'engager dans
une sorte de reconquista sans doute différente de l'espagnole mais
s'inspirant des mêmes motifs. Il y aurait un roman périlleux à écrire
là-dessus. Ce n'est pas moi qui m'en chargerai, j'ai déjà donné. Son
auteur n'est probablement pas encore né, mais ce livre verra le jour à
point nommé, j'en suis sûr...
Ce que je ne parviens pas à comprendre et qui me plonge dans un abîme de
perplexité navrée, c'est pourquoi et comment tant de Français avertis et
tant d'hommes politiques français concourent sciemment, méthodiquement,
je n'ose dire cyniquement, à l'immolation d'une certaine France (évitons
le qualificatif d'éternelle qui révulse les belles consciences) sur
l'autel de l'humanisme utopique exacerbé. Je me pose la même question à
propos de toutes ces associations omniprésentes de droits à ceci, de
droits à cela, et toutes ces ligues, ces sociétés de pensée, ces
officines subventionnées, ces réseaux de manipulateurs infiltrés dans
tous les rouages de l'Etat (éducation, magistrature, partis politiques,
syndicats, etc.), ces pétitionnaires innombrables, ces médias
correctement consensuels et tous ces « intelligents » qui jour après
jour et impunément inoculent leur substance anesthésiante dans
l'organisme encore sain de la nation française.
Même si je peux, à la limite, les créditer d'une part de sincérité, il
m'arrive d'avoir de la peine à admettre que ce sont mes compatriotes. Je
sens poindre le mot renégat, mais il y a une autre explication : ils
confondent la France avec la République. Les « valeurs républicaines »
se déclinent à l'infini, on le sait jusqu'à la satiété, mais sans jamais
de référence à la France. Or la France est d'abord une patrie charnelle.
En revanche, la République, qui n'est qu'une forme de gouvernement, est
synonyme pour eux d'idéologie, idéologie avec un grand « I »,
l'idéologie majeure. Il me semble, en quelque sorte, qu'ils trahissent
la première pour la seconde.
Parmi le flot de références que j'accumule en épais dossiers à l'appui
de ce bilan, en voici une qui sous des dehors bon enfant éclaire bien
l'étendue des dégâts. Elle est extraite d'un discours de Laurent Fabius
au congrès socialiste de Dijon, le 17 mai 2003 : « Quand la Marianne de
nos mairies prendra le beau visage d'une jeune Française issue de
l'immigration, ce jour-là la France aura franchi un pas en faisant vivre
pleinement les valeurs de la République... »
Puisque nous en sommes aux citations, en voici deux, pour conclure : «
Aucun nombre de bombes atomiques ne pourra endiguer le raz de marée
constitué par les millions d'êtres humains qui partiront un jour de la
partie méridionale et pauvre du monde, pour faire irruption dans les
espaces relativement ouverts du riche hémisphère septentrional, en quête
de survie. » (Président Boumediene, mars 1974.)
Et celle-là, tirée du XXe chant de l'Apocalypse : « Le temps des mille
ans s'achève. Voilà que sortent les nations qui sont aux quatre coins de
la terre et qui égalent en nombre le sable de la mer. Elles partiront en
expédition sur la surface de la terre, elles investiront le camp des
saints et la ville bien-aimée. »
Jean RASPAIL
Le Billet!
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